Progression Académique, et Attachements Relationnels et Spatiaux
Feliot-Rippeault Marie (Université de Paris 5, marie.feliot@noos.fr)
La transition lycée-université est source de perturbations importantes: les nouveaux étudiants intègrent un environnement nouveau et inconnu, sont pour la plupart coupés du milieu familial ainsi que de leur réseau relationnel et doivent apprendre de nouvelles méthodes de travail. Les pratiques de convivialité déployées dans ce nouvel environnement sont susceptibles de fournir un support social dont il convient d'analyser l'incidence sur l'insertion à l'université.
Cette recherche s’intéresse donc 1) aux pratiques relationnelles entretenues avec les différents réseaux amicaux de l’étudiant; et 2) aux attachements territoriaux respectifs (habitats et environnements académiques) afin de mettre en évidence leurs effets sur le déroulement des études universitaires en fonction de critères propres à l'étudiant (projet d’étude, statut familial…).
L'étude transversale entreprise dans cette recherche a analysé les liens amicaux d’étudiants de première et deuxième années de DEUG, et de Maîtrise ainsi que leurs attachements aux lieux. Un questionnaire administré à ces trois populations nous a permis de caractériser leurs réseaux relationnels, et d’analyser leur évolution en fonction: de la distance et de la fréquentation des lieux résidentiels présent (lieu d’études) et antérieur (l'habitation familiale); les activités partagées avec le réseau social antérieur et actuel et la qualité ressentie du support social. Par ailleurs, nous avons étudié l’évolution de l’attachement (physique et social) aux lieux académiques (université et sa ville d’implantation), en fonction de l'avancement dans les études.
Les résultats confirment les effets vicinitaires dans l’évolution des réseaux relationnels dilectifs ainsi que l’influence de la dimension temporelle des contacts. Nos analyses confirment également que les causes invoquées de l’attachement environnemental prennent bien racine à la fois dans l’espace social et physique du lieu investi, mais que ce processus semble passer au départ par les éléments sociaux du lieu, puis les éléments physiques viendraient le renforcer par la suite. Par ailleurs, l’ensemble de ces résultats est modulé par le degré de définition du projet d’étude de l’étudiant.
En conclusion, l’approche à la fois psychosociale et environnementale utilisée dans cette étude, a pu cerner des difficultés manifestes évoquées par certains étudiants débutants quant à leur aptitude à s’adapter à leur nouvelle formation. Concernant ceux qui ont réussi à s’investir dans leurs études, ils sont rentrés généralement dans un processus de socialisation en développant et entretenant des relations amicales sur leur site universitaire.
D’un point de vue pratique, ces résultats pourraient apporter des solutions alternatives par l’intégration de ces constatations dans les pratiques pédagogiques déployées pour la réception des nouvelles cohortes estudiantines en réduisant, par exemple, l'anonymat entre les nouveaux arrivants et/ou en misant sur leurs compétences sociales.