Risque professionnel, souffrance au travail et stratégies d’adaptation chez les policiers
Etude préliminaire
Gazal Suzanne (Laboratoire CLLE-LTC
Université de Toulouse-le-Mirail, gazal@univ-tlse2.fr), Guiraud Marie (Université de Toulouse-le-Mirail), apple ()
Par-delà l’évaluation du stress professionnel (Karasek 1979, Spielberger 1994), la question se pose de la nature des stratégies qui sont mises en oeuvre par les salariés, individuellement ou collectivement, pour faire face à cette souffrance et en minimiser les effets délétères sur la santé psychique et somatique.
La théorie transactionnelle postule l’existence de stratégies cognitives et comportementales orientées vers la situation ou vers soi-même, dans une démarche de faire face ou d’évitement, ou vers la recherche de soutien social (Lazarus et Folkman 1984, Suls et Fletcher 1985). Par ailleurs, il est admis que les stratégies de faire face orientées vers la situation sont plus fonctionnelles que les stratégies d’évitement lorsque la situation est perçue comme contrôlable, et inversement dans le cas contraire.
Si le domaine des métiers à risque (bâtiment, chimie, nucléaire) a été exploré, dans une perspective notamment de psychodynamique du travail, peu de travaux ont porté à ce jour sur les stratégies d’adaptation mises en oeuvre par les salariés dans les métiers à risque en relation avec le public.
Une telle étude a été conduite auprès de deux catégories de policiers exposés au risque de manière différentielle (policiers de terrain et administratifs).
L’hypothèse de la mise en oeuvre de stratégies fonctionnelles et donc différentielles (stratégies de faire face orientées vers la situation pour les premiers, stratégies d’évitement pour les seconds) a été testée par questionnaire auprès d’une population de 40 policiers exerçant en zone urbaine.
Un traitement des données par khi2 et ? de Spearman a fait apparaître (p < .05)
- la mise en oeuvre de stratégies de faire face orientées vers la situation plutôt que de stratégies d’évitement chez l’ensemble des policiers quel que soit le type d’exposition au risque
- des corrélations différentielles entre stress perçu et stratégies d’adaptation selon le type d’exposition au risque, à savoir : (a) stress perçu négativement corrélé à l’acceptation de la confrontation au risque (stratégie de faire face à la situation) et positivement corrélé à la fuite active (stratégie d’évitement de l’émotion) chez les policiers de terrain (b) stress perçu positivement corrélé à toutes les stratégies de faire face orientées vers la situation et à la recherche de soutien social chez les administratifs.
Les stratégies d’adaptation majoritairement déclarées par les deux catégories de policiers sont donc identiques (stratégies de faire face à la situation), et s’avèrent globalement dysfonctionnelles pour les administratifs – cette conclusion étant par ailleurs nuancée pour les différentes dimensions du stress perçu.
Une discussion de ces résultats fait intervenir les notions de stéréotype, identité et désirabilité sociales, stratégie collective de défense d’une part, expérience et construction de l’objet, sentiment de contrôle d’autre part. L’intérêt heuristique de la notion de mécanisme de défense est également abordé.