La théorie de l’engagement utilisée comme méthode de prévention active contre le tabagisme

Clerico, Jean-Baptiste (Université de Nice-Sophia Antipolis, clerico@unice.fr), Priolo, Daniel (Université de Rennes 2)

La prévention du tabagisme auprès des adolescents revêt une importance particulière pour les pouvoirs publics. C’est la raison pour laquelle les responsables de la mairie d’Eze, des CEMEA PACA et de la Mutualité Française 06 ont tenu à mettre en place une action de prévention. L’objectif de cette action était que les enfants scolarisés à l’école primaire d’Eze ne consomment pas de tabac une fois qu’ils seraient en classe de 4ème dans le collège de la ville voisine (Beaulieu-sur-Mer). Nous avons donc été contactés pour élaborer une action préventive en prenant les mesures nécessaires montrant l’efficacité de notre travail. Nous avons conçu une recherche-action reposant sur la théorie de l’engagement (Kiesler, 1971). Notre objectif était de lier les adolescents à un comportement antitabac afin qu’ils n’en consomment pas plus tard. Nous avons construit une recherche action longitudinale d’une durée de quatre ans. Nous sommes intervenus auprès des élèves de l’école d’Eze une fois par an. Nous disposions d’un groupe expérimental (i.e., groupe 1), de deux groupes intermédiaires (i.e., groupe 2 et 3) et d’un groupe contrôle (i.e., groupe 4). Les élèves du groupe 1 étaient soumis à trois phases d’engagement et à une phase de mesure. Les phases d’engagement consistaient à faire construire une campagne de prévention aux élèves dans une situation regroupant les conditions de l’engagement définies par Joule et Beauvois (1998). Le groupe 2 était soumis à deux phases d’engagement et une phase de mesure. Le groupe 3 était soumis à une phase d’engagement et à une phase de mesure. Le groupe 4 (i.e., groupe contrôle) était soumis uniquement à la phase de mesure. Durant cette phase nous avons le nombre de fumeurs ainsi que la valeur que les élèves accordent à la cigarette. Les items concernant la valeur étaient inspirés d’un document issu de Dubois (1994). Nous faisons l’hypothèse que les élèves qui ont eu trois phases d’engagement (i.e., du groupe 1) valorisent moins le fait de fumer et sont moins nombreux à fumer que les élèves du groupe contrôle (i.e., groupe 4) qui n’ont pas été engagés. Nous pouvons notamment mettre en exergue deux résultats. D’une part, les élèves engagés trois fois dans la prévention (M1 = 2.24) valorisent moins la cigarette que ceux qui ne sont engagés qu’une fois (M3 = 4.78) ou que ceux qui appartiennent au groupe contrôle (M4 = 3.55). Un test LSD nous permet de dire que ces effets sont significatifs au seuil p<.05. D’autre part, il n’y a aucun élève engagé trois fois (i.e., groupe 1) qui se déclarent fumeur tandis qu’il y en a 5 dans le groupe contrôle (Chi² (1) = 9, p < .05). Nous avons atteint nos objectifs car nous avons fait en sorte que les élèves d’Eze ne valorisent pas le tabac et ne commencent pas à fumer en classe de quatrième. Ces résultats seront présentés et discutés de manière plus détaillée ultérieurement.