Décider du moment d’avoir un enfant : le cas d’un comportement interdépendant
Corna Francesca (Université René Descartes Paris V - Laboratoire de Psychologie Sociale, francesca_corna@yahoo.it), Drozda-Senkowska Ewa (Université René Descartes Paris V - Laboratoire de Psychologie Sociale)
Certains comportements impliquent plus que d’autres l’interdépendance entre les acteurs, c’est notamment le cas du comportement reproductif et, en particulier, de « décider du moment d’avoir un enfant ». Dans la plupart des pays industrialisés qui ont investi dans les programmes de planification familiale, ce type de décision a été partiellement négligé et son analyse est moins avancée que celle concernant l’utilisation des contraceptifs, où l’interdépendance entre les partenaires ne se pose pas de la même manière. Afin d’avancer dans ce domaine, il nous paraît important d’inclure la relation d’interdépendance dans l’analyse du comportement reproductif pour mieux comprendre et prédire ce type de décisions.
Dans les modèles centrés sur la prédiction du comportement, comme la théorie du comportement planifié (TCP)(Ajzen, 1991), l’interdépendance n’est abordée qu’indirectement et la grande majorité de recherches qui lui sont consacrées portent sur des comportements où elle est moins saillante. Etant donné, l’importance que le sentiment d’interdépendance peut avoir sur nos conduites et sur leur prédictions, nous avons cherché ses manifestations d’une part dans les croyances comportementales, normatives et de contrôle (cf. TCP) activées à propos de « décider du moment d’avoir un enfant » et d’autre part dans des évaluations directes de la dépendance du partenaire pour ce comportement.
A cet effet nous avons réalisé 2 études. Dans la première, menée auprès de 40 étudiants ( 21 femmes,19 hommes, d’age moyenne : 23 ans), les participants indiquaient d’abord les croyances associées à « décider du moment d’avoir un enfant ». Ensuite, ils évaluaient sur une échelle bipolaire « de qui dépendait » cette décision. Ils répondaient en leur nom propre (de moi seul vs de mon partenaire seul) et en général (de la femme vs de l’homme). Dans la seconde étude, 30 étudiants (15 femme et 15 homme) les participants se positionnaient par rapport aux croyances repérées dans l’étude 1, et ensuite, par rapport aux mêmes questions, ils évaluaient leur degré de la dépendance dans la décision du moment d’avoir un enfant.
Les résultats obtenus suggèrent que la relation d’interdépendance, et en particulier l’évocation du couple et du partenaire, est un des principaux facteurs. Ceci est retrouvé aussi bien chez les hommes que les femmes, dans les trois types de croyances (environ 50% des sujets font référence au couple ou au partenaire en évoquant les croyances à propos du comportement) et dans les évaluations directes de la dépendance.
Dans l’ensemble, ces résultats illustrent la nécessité de situer le comportement reproductif dans des réseaux relationnels en reposant la question de la perception de l’(inter)dépendance entre les acteurs. Cette nécessité peut offrir des nouvelles clés pour comprendre les difficultés rencontrées lors de la transposition de programmes de régulation des naissances dans des pays à culture différente.