L’impact du mode de restitution des procès criminels dans la presse sur l’évaluation de la qualité des articles et la formation d’une conviction de culpabilité chez les lecteurs
Testé Benoît (LAUREPS/CRPCC
Université de Haute-Bretagne Rennes 2, benoit.teste@uhb.fr), Dumas Rafaële (Université Rennes 2), Lepastourel Nadia (Université Rennes 2), Sansom Mady ()
Les médias jouent un rôle central dans la façon dont les citoyens se représentent le fonctionnement de la justice, l’évolution de la criminalité et les caractéristiques des criminels. L’influence de l’information médiatique sur les jugements des citoyens à propos des affaires criminelles a fait l’objet d’un intérêt croissant ces dernières années. Les travaux révèlent que trois types d’informations affectent les jugements de culpabilité à propos d’accusés : des informations factuelles (aveux, témoignages…), des informations émotionnelles (description des victimes…) et des informations personnologiques (groupes d’appartenance, personnalité des accusés). La méta-analyse de Steblay, Besirevic, Fulero et Jimenez-Lorente (1999) a confirmé l’existence d’un effet significatif de l’exposition aux médias sur les jugements de culpabilité de jurés potentiels. Cet effet, assez modeste en moyenne (r = .16), peut s’avérer plus important, par exemple lorsqu’il existe un délai entre l’exposition médiatique et le recueil du jugement sur l’affaire, ou quand l’infraction est particulièrement grave. De plus, la façon dont l’information est restituée peut aussi jouer un rôle (Lepastourel & Testé, 2004). Une hypothèse envisagée par plusieurs auteurs pour rendre compte de cette influence des médias (e.g. Steblay et al., 1999) est que les informations contenues dans les compte-rendu médiatiques n’agiraient pas sur les jugements de culpabilité de manière directe mais de manière indirecte. Selon cette approche, le facteur médiateur de l’influence des médias consisterait dans la construction par les sujets d’un récit explicatif des faits, basé sur l’information médiatique, et qui orienterait leurs jugements.
L’objectif de notre recherche était de mettre à l’épreuve l’hypothèse d’une influence de la précision du récit des faits dans les articles de presse sur l’évaluation de leur qualité, les émotions suscitées à leur lecture et les jugements relatifs à la culpabilité des accusés.
Soixante-dix neuf articles relatant un même procès criminel ont été analysés (provenant de 14 sources de presse). La recherche s’est déroulée en deux étapes. La première étape a consisté dans une analyse de l’ensemble des articles à partir d’une grille d’analyse de contenu, appliquée indépendamment par deux codeurs. Cette grille a permis de quantifier la présence de différentes informations dans les articles, notamment du nombre d’informations relatives au récit factuel du crime jugé. La seconde étape a, ensuite, consisté à recueillir, pour chaque article, l’évaluation de sa qualité, les émotions négatives suscitées et les jugements construits sur l’affaire à l’issue de sa lecture. Chaque article était lu par quatre sujets selon une méthode des juges (N = 316). Les résultats montrent que, indépendamment de la taille de l’article, l’insistance sur le récit des faits jugés entraîne davantage d’émotions négatives, une perception de meilleure qualité des articles et plus de jugement de culpabilité.