Une théorisation du sens commun à partir d’une étude sur la représentation sociale de la démocratie chez les jeunes Grecs

Thalia Magioglou (CRPSY (Centre de Recherches en Psychologie de l’Université de Bretagne Occidentale Maison des Sciences de l’Homme de Paris , thalia_magioglou@yahoo.fr)

L’objet de notre communication sera de présenter comment une question de départ précise, (la signification de la démocratie chez les jeunes Grecs) a mené à une théorisation psychosociale sur la pensée du sens commun. Le point de départ de notre étude a été la théorie des représentations sociales (i.e. Moscovici, 2002). En suivant la logique de recherche de la « grounded theory » (i.e. Glaser et Strauss, 1967), nous avons laissé notre question nous «guider» vers les méthodes appropriées et nous avons fait des allers-retours (réflexivité) entre le terrain, les analyses effectuées (triangulation) et le cadre théorique. L’objectif est la construction d’une « théorie » qui convienne à l’objet d’étude choisi. Après avoir effectué 30 entretiens non directifs auprès de jeunes Grecs de 18 à 26 ans, nous les avons soumis à quatre analyses différentes. La consigne donnée aux interviewés était : « si je te dis le mot démocratie, qu’est-ce qui te vient à l’esprit ? ». Une première analyse thématique de contenu a engendré de nouvelles questions : nous avons remarqué la présence de régularités et nous avons cherché des principes organisateurs de ces thèmes, en utilisant une analyse d’homogénéité. L’idéologie politique de « gauche » et de « droite » et une forme de style cognitif que nous caractérisons comme « mode de pensée » sont les principes organisateurs dégagés. Par la suite, nous avons procédé à une analyse de discours fondée sur les théories de la pragmatique intégrative d’Anscombre et Ducrot (1983) pour affiner et mieux appuyer la présence de deux « modes de pensée ». Cette analyse a mené vers une analyse narrative, inspirée des travaux de Billig (1996), et Bruner (2000) qui met en valeur les contradictions et les ambiguïtés du discours des interviewés. Nous sommes arrivée à la conclusion que le sens commun des jeunes parvient à créer de nouvelles significations de la démocratie, par exemple la « démocratie privée » et la « démocratie métaphysique », toutes les deux éloignées de l’espace public. Le sens commun se présente sous une forme dialogique de questions-réponses. Malgré le fait que la démocratie représentative et son fonctionnement sont connus par les participants, ils ne sont pas considérés comme l’essence de la démocratie, un qualificatif qui est réservé pour leurs représentations apolitiques et originales. Ces deux versions sont associées à des styles de discours et des univers idéologiques différents. Le concept du sens commun (appuyé sur la position de Moscovici et Hewstone, 1984) pourrait mieux servir à nos yeux, comme cadre théorique de cette étude que celui de la représentation sociale. De cette manière nous arrivons à prendre en considération l’importance de l’idéologie politique, du style (mode de pensée), mais aussi la possibilité de création des significations « par le bas », initiée par la pensée du sens commun, qui n’est pas suffisamment théorisée, dans le cadre de l’approche des représentations sociales (Magioglou, 2005).