Evaluation et justification des discriminations liées au sexe par les enfants d’école primaire et de collège
Tostain, Manuel (Université de Caen, manuel.tostain@unicaen.fr)
Au niveau étatique des dispositions ont été mises en oeuvre pour favoriser l’égalité entre femmes et hommes et pour lutter contre les discriminations.On sait que les inégalités liées au sexe prennent leur source dans les pratiques sociales qui, dès l’enfance, différencient les filles des garçons. Il y a néanmoins peu d'études (Brown & Bigler, 2005) sur la façon dont les enfants considèrent les discriminations liées au sexe, ce qui est dommageable car ces études permettraient d'ajuster les dispositifs à mettre en place pour favoriser, dès l’école, une dynamique d’égalité entre les deux sexes. Dans ce cadre,en se référant aux travaux de Turiel (2006), nous avons mené deux recherches auprès d'enfants âgés de 6 à 15 ans (dont 53% de filles). On a présenté aux enfants des histoires dans lesquelles une fille ou un garçon étaient refusés dans une activité de nature sexuée (football ou danse) en raison de leur sexe. On faisait varier le statut social de la source à l’origine de la discrimination (des pairs, un adulte ou un règlement scolaire). Ensuite, les enfants devaient évaluer le caractère juste/injuste de la discrimination et ils devaient indiquer les raisons de leurs évaluations. Résultats : on note : (a) que les enfants les plus âgés jugent plus injuste le refus que les enfants les plus jeunes ; (b) que les filles jugent le refus plus injuste que les garçons ; (c) que les enfants les plus jeunes jugent moins injuste le refus lorsqu’il provient du règlement scolaire que du groupe de pairs, l'inverse étant constaté chez les plus âgés ; (d) que les filles jugent plus injuste le refus quand il concerne une fille qu’un garçon. Les justifications du caractère juste du refus reposent sur des raisons en termes de conventions sociales tandis que les justifications du caractère injuste du refus s’appuient sur des raisons morales. Conclusion : ces recherches montrent que les garçons jugent moins injustes les discriminations liées au sexe que les filles. Il convient donc de s’interroger sur cette moindre remise en cause, dès l’enfance, des discriminations par les garçons. D’autre part, dans le cadre des dispositifs éducatifs en faveur de l’égalité entre sexes, ces recherches pointent la nécessité de questionner avec les enfants les conventions sociales qui servent à justifier les discriminations liées au sexe. Références : Brown, C.S., & Bigler, R.S. (2005). Children’s perceptions of discrimination: A developmental model. Child Development, 76, 533-553. Charte de l’égalité entre les hommes et les femmes (2004). Turiel, E. (2006). The development of morality. In W.Damon, R. Lerner & N. Eisenberg (Eds.), Handbook of Child Psychology, Vol. 3 (pp. 789-857). New-York: Wiley.