Chronicité du bullying ou instabilité temporelle : adaptation psychosociale face aux agressions répétées

Houbre Barbara (Université Paul Verlaine Metz, barbara_houbre@hotmail.com), Tragno Michel (Université Paul Verlaine Metz), Tarquinio Cyril (Université Paul Verlaine Metz), Duveau Aurélie ()

Les dernières recherches menées auprès d’enfants victimes de bullying (agressions répétées) attestent de la dégradation de la santé psychique des élèves concernés (Fekkes & Pijpers, 2004; Houbre & Tarquinio, 2006). Toutefois aucune étude n’a analysé les différences individuelles dans l’expérience du bullying. Pour pallier à ceci, la présente recherche examine les changements temporels observés concernant les stratégies d’ajustement, l’expression de l’identité et les croyances fondamentales auprès de trois groupes d’élèves lorsque le niveau de bullying reste stable, augmente ou diminue entre le début et la fin de l’année scolaire. Ainsi, nous cherchons à éprouver les liens de causalité entre les agressions répétées et les stratégies d’adaptation, l’expression du concept de soi, et les croyances fondamentales selon les profils mentionnés plus haut. Les stratégies d’ajustement (ou coping) mises en place par les élèves peuvent être de deux types, à savoir: d’approche ou d’évitement. À cet égard, les travaux montrent que dans le cadre du bullying, les enfants ont principalement recours à l’évitement. Concernant le concept de soi, il apparaît que plus l’enfant est victime de bullying, plus les conceptions de soi sont faibles. Il en va de même concernant les croyances fondamentales (« Le monde est bienveillant » ; « Le monde a du sens » ; « Je suis quelqu’un de bien »). Ainsi, nous supposons que l’augmentation ou la stabilisation du bullying entraînent une dégradation du concept de soi et des croyances fondamentales et favorisent l’émergence de stratégie d’ajustement de type « évitement ». A contrario, nous supposons que la diminution du bullying entraîne une amélioration de l’expression du concept de soi, des croyances fondamentales et favorise le recours à des stratégies d’approche. Les élèves (N=524, âge : 9 à 12 ans ; m=9.94) scolarisés à l’école primaire, ont répondu à quatre questionnaires permettant de mesurer les comportements d’agression reçus (« Peer-Victimization scale » ; Austin & Joseph, 1996), le concept de soi ( « The perceived competence scale for children » ; Harter, 1982), les stratégies d’ajustement mises en place (« Self-report coping measure for elementary school children » ; Causey & Dubow, 1992) et les croyances fondamentales (Janoff-Bulman, 1991). Deux mesures ont été effectuées : une première à 3 mois de la rentrée (T1) et une seconde en fin d’année (T2). Les résultats semblent indiquer qu’en cas d’augmentation du bullying les capacités d’adaptation et les ressources personnelles (identité, croyances) de l’élève sont affectées. Par contre, le cheminement le plus souhaitable pour l’identité et les croyances fondamentales revient au groupe d’élève connaissant une diminution du bullying. Ces observations suggèrent la mise en place de programmes assurant la prévention à un niveau primaire, secondaire et tertiaire.