Les jeunes bulgares et l'Europe. Etude psychoculturelle des intentions de mobilité.
Mladenova Tsveta (Université de Paris V, tsmlad@yahoo.com)
La mobilité est un fait de société majeur qui caractérise l'époque actuelle. Phénomène social et pratique courante, elle est au coeur des débats et des recherches en sciences humaines et sociales. La mobilité des jeunes bulgares s'inscrit dans ce mouvement global. Elle devient même un trait marquant de la société bulgare d'après le changement du régime politique en 1989. Après une période d’euphorie, dans les années qui suivent la chute du communisme, un sentiment de vide et de manque de repères s’installe. La crise économique s’inscrit dans ce contexte. Cependant on peut faire l’hypothèse que la mobilité des jeunes bulgares n’est pas conséquence directe de la réalité économique. La décision de partir étudier ou travailler dans un autre pays de l’UE semble plus liée au bouleversement de l'adolescence (recherches de limites, rite de passage etc.) On se pose la question de la primauté des facteurs émotionnels dans l’intention de mobilité des jeunes bulgares et les changements possibles dans la perspective de l’entrée du pays dans l’UE (prévue en 2007).
Les participants sont 560 lycéens et étudiants bulgares entre 16 et 25 ans. Le matériel est présenté sous forme de questionnaire comprenant 3 parties : la première est liée aux motivations (Reversal Theory), la deuxième – aux attitudes vis-à-vis de la Bulgarie et vis-à-vis des pays de l’Union européenne UE (Push-Pull ; Anti-Push ; Anti-Pull) et la troisième constitue un test de personnalité (Le Big 5). Après analyse factorielle 2 facteurs d’attitudes et 5 facteurs liés aux motivations ont été retenus comme suit : - Facteur (Anti-Push): « La culture bulgare et le folklore me plaisent beaucoup », « J’aimerais que mes enfants grandissent en Bulgarie ». - Facteur (Pull): « Dans certains pays de l'UE, les débouchés sont bien meilleurs qu'en Bulgarie ». - Envie de connaître : « Cela me permettrait de mieux connaître les autres européens » - Facteur relationnel « négativiste » : « Je pourrais mettre de la distance avec les personnes que je ne supporte pas ». - Formation et Niveau de vie : « Cela me permettrait d’avoir des conditions d’étude et de travail qui me conviennent mieux ». - Leader : « Cela me permettrait de parvenir plus facilement à être reconnu comme leader ». - Conformisme : « Beaucoup de personnes le font ».
Cette recherche représente un premier pas d’une étude longitudinale des intentions des jeunes envers l’UE. Les résultats confirment les hypothèses et renseignent sur les spécificités culturelles du pays. Les intentions de mobilité des bulgares ne sont pas l’expression de la situation économique actuelle. Les motivations montrent en premier lieu un fort désir de connaître l’autre. L’expérience de mobilité est perçue comme un vrai avantage qui, sur le plan individuel, est une expérience, une épreuve singulière. Les attitudes vis-à-vis de la Bulgarie et de la culture bulgare sont très positives.