Quand le pouvoir désinhibe: médiation des comportements par les réactions physiologiques.

Leroy Dominique (LAPSCO / Université Blaise Pascal, Clermont Ferrand, Dominique.Leroy@etudiant.univ-bpclermont.fr), Brauer, Markus (LAPSCO / Université Blaise Pascal, Clermont Ferran)

Si le monde de l’entreprise reste le lieu où l’asymétrie de pouvoir social -c'est-à-dire la capacité d’accorder ou refuser des récompenses à autrui, ou de lui administrer des sanctions- demeure au quotidien la plus manifeste, la hiérarchie qui lui est inhérente peut se voir à l’origine de certains comportements qui conduisent les individus titulaires de ce pouvoir à transgresser les normes sociales vis-à-vis de leurs subordonnés. A titre d’exemples, nous pouvons citer des conduites mineures, comme couper la parole à son interlocuteur, mais aussi des phénomènes plus graves comme le harcèlement moral ou sexuel au travail. Nous avons formulé l’hypothèse selon laquelle le pouvoir social entraîne la désinhibition comportementale, laquelle serait à l’origine de ces comportements en nous basant sur le modèle de Keltner, Gruenfeld et Aronson (2003). Selon celui-ci, le fait d’avoir du pouvoir activerait le « système d’approche comportementale » (BAS) (Gray, 1972) et aurait, entre autres, pour conséquences d’entraîner une certaine désinhibition comportementale, c’est-à-dire la tendance à agir comme on le souhaite sans se soucier, ni du regard d’autrui, ni des normes sociales prévalentes dans l’environnement. Pour cette étude intra, les participants étaient recrutés par annonce. Assis devant un ordinateur et branchés avec plusieurs électrodes, ils devaient s’imaginer dans différents scénarii conflictuels où ils étaient aléatoirement en situation de pouvoir fort (ex : un patron face à son employé qui arrive en retard au travail) ou de pouvoir faible (ex : un doctorant face à un chercheur titulaire qui n’a pas fait sa part de travail à temps) par rapport à autrui. Après chaque scénario, le participant devait répondre à un item d’une échelle mesurant la désinhibition (ex : je serais gêné de faire remarquer à quelqu’un que sa braguette est ouverte). Nous avons testé l’hypothèse selon laquelle le pouvoir désinhibe les individus, d’une part, via cette échelle de 12 items et, d’autre part, en examinant plusieurs réactions physiologiques (rythme cardiaque, réaction électrodermale, respiration). Nous avons observé un effet principal du pouvoir sur les scores à l’échelle de désinhibition (F = 4.08 ; p < .05), lequel était médiatisé par les réactions physiologiques. En effet, lorsque les hommes devaient s’imaginer dans une situation de pouvoir fort, ils montraient une réaction électrodermale plus faible que lorsqu’ils devaient s’imaginer en situation de pouvoir faible et cette réponse physiologique se révélait être à l’origine de scores plus forts sur l’échelle de desinhibition. Cet effet ne fut pas observé chez les femmes. Notre communication propose la discussion de ces résultats ainsi que celle des conditions minimales où la désinhibition et la transgression de normes sociales apparaissent chez les individus en situation de pouvoir et ce, afin d’envisager des solutions pratiques pour éviter les conséquences comportementales délétères au sein des entreprises.