Insister sur les différences entre les membres d'un groupe discriminé : une nouvelle méthode pour réduire les préjugés et la discrimination

Er-rafiy Abdelatif (Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, errafiy@srvpsy.univ-bpclermont.fr), Markus Brauer (C.N.R.S - Lapsco Université BLaise Pascal)

Alors que la plupart des instances publiques affichent leur volonté de lutter contre la discrimination en mettant en place des programmes d’intervention (vote d’une loi contre la discrimination en 2001), il s'avère que ces programmes d'intervention sont pour la plupart inefficaces. En effet, le niveau de discrimination contre des groupes dits minoritaires tels que les Maghrébins, semble rester constant, sinon augmenter (Amadieu, 2004). Nous pensons que cette inefficacité des interventions publiques est due au fait qu’elles ne tiennent pas compte des recherches récentes en psychologie, sociologie et sciences cognitives (Brauer, 2005). Pour remédier à ce problème, nous avons développé une série d’interventions issues de la recherche fondamentale sur les préjugés. La littérature suggère l'existence d'un lien causal entre la variabilité perçue et la discrimination : plus on perçoit un groupe comme hétérogène moins on aura tendance à le discriminer (Wilder, 1978). Dans notre étude, nous avons reproduit le monde du travail au laboratoire afin d’examiner ce lien. Des groupes de trois participants d'origine française étaient convoqués au laboratoire. Grâce à une complice chinoise, l'expérimentateur leur faisait croire que dans une salle à côté se trouvaient trois autres participants de nationalité chinoise. L’étude était présentée comme ayant pour objectif d’examiner comment les gens de deux cultures différentes travaillant dans la même entreprise communiquent et échangent des informations. D’abord, les trois participants s’auto-décrivaient sur des dimensions reliées au domaine de l’emploi en donnant leurs réponses sur des échelles. Ensuite, l’expérimentateur recopiait les réponses individuelles des trois participants sur une feuille de réponse collective et leur faisait croire qu’il les transmettait aux trois participants chinois. Quelques minutes plus tard, il revenait avec une autre feuille contenant, soi-disant, les réponses des chinois. Il donnait la feuille aux participants et leur demandait de se former une impression sur le groupe des chinois. Pour la moitié des groupes, la feuille contenait des réponses très différentes laissant croire que les trois chinois étaient plutôt comme hétérogènes. Pour l'autre moitié des groupes, la feuille contenait des réponses très similaires donnant l'impression que les trois chinois formaient un groupe plutôt homogène. Lorsque l'expérimentateur demandait aux participants à la fin de l'étude de distribuer une somme d’argent entre leur groupe et le groupe des chinois (une mesure de la discrimination), les participants dans la "condition homogène" donnaient moins d'argent aux chinois que les participants dans la "condition hétérogène". Donc, l’augmentation de la variabilité perçue est importante dans la réduction de la discrimination. Des exemples de programmes d’interventions seront discutés.