Réhabilitation professionnelle en psychiatrie : effets du sentiment d’appartenance à un groupe sur la perception des rôles sociaux liés au travail
Sénac Nelly (Université de Lausanne
, nelly.senac@unil.ch), Clémence Alain (Université de Lausanne)
Désocialisation et invalidité professionnelle sont deux des conséquences invalidantes et récurrentes de la maladie mentale. Face à cela, les milieux psychiatriques développent des programmes de réhabilitation professionnelle par le biais du travail en atelier protégé. Leur objectif principal est de favoriser l’acquisition d’identités valorisées et l’appropriation de rôles sociaux positifs, voire parfois la réinsertion sur le marché compétitif. Les chercheurs ont montré que la participation à ces programmes améliore l’estime de soi et la qualité de vie (Lehman, 1995; Prusti & Bränholm, 1998). Toutefois, peu d’études y sont consacrées, en particulier sur des aspects identitaires, alors que ces programmes supposent un projet individuel se traduisant dans les faits par une mise en collectivité avec d’autres patients. Or, le constat de Baumeister & Leary (1995), selon lequel les individus ont un besoin fondamental d’affiliation qu’ils tentent de satisfaire dans toutes les situations sociales, laisse penser que cette mise en collectivité dans des structures intermédiaires entre l’hôpital et la société civile doit être explorée. En outre, au vu de la nécessité établie de s’intéresser aux gains subjectifs de ces programmes (Reker et. al., 2000), il est important de s’intéresser à la façon dont les patients vivent cette convivialité et ses implications sur la représentation de leur activité. Dans cette perspective, la représentation que les patients ont de leur travail, la façon dont ils se perçoivent comme appartenant à un groupe et les liens entre ces éléments sont abordés dans cette étude exploratoire. Pour ce faire, 47 questionnaires ont été récoltés en 2006 au Centre d’Ergo-Sociothérapie à Lausanne (Suisse). Elaborés à partir d’une étude pilote et de la Social Connectedness Scale (Lee & Robbins, 1995), ces questionnaires exploraient d’une part la représentation subjective de traits généralement associés au concept de travail à partir des études de Salmaso & Pombeni (1986) ainsi que la représentation des rôles sociaux attribués au travail, et d’autre part le sentiment d’affiliation à un groupe dans l’entourage général et au sein d’ateliers protégés. Les rôles sociaux accordés au travail ont été définis d’après les objectifs de la réhabilitation professionnelle: utilité sociale vs marginalisation, accès à l’autonomie, gestion du temps. Les résultats montrent une relation importante entre représentation du concept de travail et évaluation des rôles acquis par le travail en atelier. Par ailleurs, la perception positive des rôles sociaux liés au travail s’explique davantage par la convivialité ressentie dans les ateliers que par la perception d’affiliation sociale à l’extérieur des structures hospitalières. Ces résultats apportent des éléments de réflexion dans le débat sur le syndrome de porte tournante (multiples hospitalisations après un retour dans la société civile infructueux) (Grasset et al., 2004), apparu avec la déshospitalisation en psychiatrie.