Améliorer l'évaluation de la crédibilité chez les jeunes enfants : L'impact de l'Entretien Cognitif sur le CBCA et le Reality Monitoring

Verkampt Fanny (Université Blaise Pascal (LAPSCO) - Clermont II, verkampt@srvpsy.univ-bpclermont.fr), Ginet Magali (Université Blaise Pascal (LAPSCO) - Clermont II)

Chaque année, des milliers d’enfants sont entendus pour des affaires de violences domestiques et/ou sexuelles. Aux vues des peines susceptibles d’être encourues par les accusés, et des réticences émises à l’égard des témoignages d’enfants (e.g. suggestibilité, affabulations), la mise en œuvre d’un outil d’évaluation de la crédibilité efficace et adapté aux jeunes enfants, s’avère tout à fait nécessaire. Les techniques du CBCA (Criteria Based Content Analysis (Undeutsch, 1967), et le Reality Monitoring (RM) (Johnson,1988) peuvent répondre à cet objectif. Cependant, la pauvreté des déclarations d’enfants n’a pas permis d’éprouver, de façon optimale, leur efficacité respective. Il semble donc tout à fait pertinent et innovant de mettre en lien le CBCA et le RM avec un protocole d’audition améliorant l’exhaustivité des témoignages d’enfants, comme l’entretien cognitif (EC) (Geiselman, & al., 1984). L’objectif de notre étude était double. Premièrement, nous voulions isoler les critères du CBCA et du RM qui discriminaient le mieux les informations personnellement vécues par l’enfant, de celles qu’il n’avait pas personnellement vécues. Deuxièmement, nous voulions évaluer à quel point cet effet pouvait être amélioré par l’application de l’EC. Trente-quatre enfants de 4-5 ans participaient à un atelier de peinture. La moitié d'entre eux participait à la première partie de l’atelier, alors que la seconde partie leur était racontée. Un contrebalancement était opéré pour l’autre moitié des enfants. Après un délai de deux jours, les enfants étaient auditionnés sur l’ensemble de l’atelier (vécu et non vécu) soit à l’aide d’un EC, soit à l’aide d’un entretien contrôle. Les analyses effectuées sur le CBCA et le RM montrent un effet principal sur 14 des 19 critères du CBCA (e.g. « structure logique du récit »); ainsi qu’un effet principal sur sept des huit critères du RM (e.g. « informations spatiales). Ces critères sont, ainsi, davantage retrouvés dans les déclarations portant sur une partie de l’atelier personnellement vécue par les enfants (vs. partie racontée). De plus, l'EC augmente le rappel de trois critères du CBCA (e.g. “état interne du sujet”) et de deux critères du RM (e.g. information spatiale), et cela uniquement lors du rappel de la partie vécue. Par conséquent, l'application de l'EC n'affaiblit nullement la capacité de ces deux techniques à discriminer les témoignages de bonne foi, des témoignages mensongers. En conclusion, tester le CBCA et le RM conjointement, nous a permis d’isoler les critères les plus efficaces, ainsi que d’opérer des regroupements sur certains d’entre eux (e.g. « remise en contexte » pour le CBCA et « informations spatiales » pour le RM). Par ailleurs, cette étude montre que l'EC améliore le rappel de critères du CBCA et du RM, tout en préservant leur pouvoir discriminant. Cela offre la possibilité pour les professionnels de disposer d’un outil plus court et, par conséquent, plus adapté à leurs exigences de terrain.