Menace du stéréotype et chômage
Roques Martine (département de Psychologie
Université de Poitiers, martine.roques@univ-poitiers.fr), Passerault Jean-Michel (Université de Poitiers), Servant Lucile (étudiante Master 1)
Cette étude a un double objectif :
1) L’effet de la menace du stéréotype a été mis en évidence par Steele et Aronson (1995) : il existe un lien étroit entre l’identité sociale (stigmatisée versus non stigmatisée) et les performances cognitives. Cet effet est maintenant bien documenté et a été mis en évidence soit sur des groupes expérimentaux, soit sur des groupes naturels (liés au genre, aux appartenances ethniques, religieuses ou sociales [par ex. sur les stéréotypes liés au genre (Spencer, Steele et Quinn, 1998) ; au statut socio-économique (Croizet et Claire 1998)]. La question qui se pose ici est de savoir si l’effet de la menace du stéréotype se retrouve chez les chômeurs, qui présentent la caractéristique de posséder un stigmate non permanent. Il semblerait que ce soit le cas d'après les premières études réalisées (Desmette, Bourguignon et Herman (2001); Herman, Desmette et Bourguignon, 2003).
2) Dans le cas où les effets de la menace du stéréotype se reproduisent chez les chômeurs, nous faisons l’hypothèse que ces effets seront différents selon la nature des tâches : en particulier notre hypothèse est que les effets de la menace du stéréotype seront observés dans les tâches impliquant des processus contrôlés, plutôt qu’automatisés (selon la distinction de Shiffrin et Schneider, 1976).
Les données ont été recueillies auprès de chômeurs (n = 53) et de stagiaires AFPA n = 49), recrutés à l’occasion de stages de formation (passation collective). Un groupe contrôle (n = 25) est constitué de personnes appartenant au personnel administratif de l’université de Poitiers.
La menace du stéréotype a été opérationnalisée par deux manipulations : d'une part, la tâche proposée est présentée comme une « évaluation des capacités à faire et à maintenir des efforts chez les adultes avec ou sans emploi », ceci afin d’être en lien avec le stéréotype des chômeurs (recueilli par ailleurs et faisant ressortir des traits tels que « fainéant », « ne veut pas travailler »…). D'autre part, chaque sujet répond à une question lui demandant si actuellement, il est demandeur d’emploi ou en activité professionnelle (rappel du statut stigmatisé).
Dans la condition : "non menace", la tâche est présentée comme une « étude exploratoire visant à tester un outil pour de futures recherches : étude de validation pour les adultes » et le statut professionnel n'est pas demandé.
Les quatre tâches proposées s’inspirent à la fois des tests de barrage et du paradigme de Shiffrin et Schneider (1976). Elles consistent à barrer, sur une page de lettres, des lettres maintenues en mémoire à court terme. Les quatre tâches sont présentées dans un ordre de difficulté croissante, de la plus simple (une lettre) à la plus complexe (six lettres maintenues en mémoire).
Les résultats obtenus ne confirment pas les hypothèses. Plusieurs éléments de discussion sont avancés pour expliquer cette absence de résultats et pour ouvrir de nouvelles perspectives de recherche.