Harcèlement moral au travail et jugements d’équité, de responsabilité et d’aide : effet des comportements anti et pro sociaux, de la gravité de l’acte et des troubles du harceleur du harcelé

Desrumaux Pascale (Université de lille 3, pascale.desrumaux@univ-lille3.fr), Forte Mylene (université de lille 3)

Le harcèlement moral se caractérise par sa durée, sa répétition et souvent un cumul des actes harcelants. Il en résulte à la fois, un isolement et une souffrance morale de la victime et, un silence et une absence d’aide. La littérature sur ce thème couvre trois champs. Les deux premiers portent sur les caractéristiques des harceleurs, des victimes et des organisations (Hirigoyen, 2001 ; Leymann, 1996) et, sur les conséquences sanitaires et psychologiques (Zapf & Einarsen, 2005). Le troisième, portant sur les jugements, montre que des informations relatives à la victime, perçues comme négatives, modulent ces derniers. Premièrement, la survictimation et les explications internes avancées par la victime (Desrumaux, 2007) augmentent la responsabilité de la victime et deuxièmement, la contrôlabilité de l’événement par la victime d’un événement négatif (Weiner, 1993, 1996 ; Rudolph et al, 2004) ainsi que la survictimation (Desrumaux, 2007) diminuent l’aide. Dans cette veine, des comportements antisociaux de la victime au travail, considérés comme informations négatives, moduleraient aussi les jugements. Nous avons émis les hypothèses que, lorsqu’un salarié avait émis une déviance de propriété/production/politique par opposition à un comportement prosocial de production/propriété/politique, (H11) la situation serait jugée plus équitable, (H12) la victime serait jugée plus responsable, (H13) le harceleur serait jugé moins responsable et (H14) le salarié recevrait moins d’aide. Les mêmes effets seraient observés lorsque l’agissement est considéré comme moins grave (isolement versus humiliation ou atteinte à la santé) (H2). Quarante et un salariés ont produit un jugement en fonction de deux VI inter-sujet (statut hiérarchique et sexe du juge) et de trois VI intrasujets (T2 : troubles du harceleur/non ; A3 : type de harcèlement ; C6 comportements anti et prosociaux au travail) réparties dans 36 scénarios. Les participants jugeaient quatre VD (l’équité de la situation, la responsabilité du harcelé et du harceleur et l’intention d’aide) au moyen d’échelles continues de 10 cm. Les hypothèses H11, 12, 14 et H2 sont vérifiées. La situation est jugée moins équitable lorsque 1) la victime présente un comportement prosocial et 2) le harceleur met en danger la santé ou humilie. La responsabilité du harceleur augmente avec les agissements graves et diminue avec les troubles. La responsabilité de la victime 1) diminue en cas de comportement prosocial et 2) augmente en cas d’isolement. L’aide augmente 1) avec l’émission de comportements prosociaux, 2) en cas d’atteinte à la santé ou d’humiliation. La présence de troubles du harceleur accentue les effets du type de harcèlement. Les régressions indiquent que l’équité est un déterminant direct de l’aide, la responsabilité ne constituant pas un médiateur. Les victimes, pour être aidées, doivent mettre en avant l’injustice de la situation et leur prosocialité et éviter de se justifier ou d’évoquer une victimation antérieure.