Optimiser les effets du toucher sur l’acceptation de la requête : durée du toucher, zone haptique et coût de la requête
Vaidis, David (Université Paris 10 - Nanterre (EA3489)
, vaidis.david@online.fr), Halimi-Falkowicz, Séverine (Université d'Aix-Marseille I (EA849))
Depuis les premières études concernant l’effet du toucher sur l’acception d’une requête (Kleinke, 1977), le toucher a fait l’objet de différentes opérationnalisations, non spécifiées quant à leur efficacité respective. Aucune étude n’a par exemple permis d’identifier, à notre connaissance, la durée du toucher, la zone de contact tactile (zone haptique), ou le coût de la requête, qui permettraient d’obtenir un effet optimal du toucher : le plus souvent, les études évoquent la mise en œuvre d’un toucher « bref » sans en spécifier la durée (e.g., Guéguen, 2002a : toucher allant de 1 à 2 secondes) ; le contact tactile est appliqué tant sur la main (Fisher, Rytting et Hesling, 1976), qu’à l’avant-bras (Guéguen, 2001, Guéguen, 2002b), qu’au bras (Guéguen, & Fisher-Loukou, 2003 ; Hornick, 1987, 1992 ; Kleinke, 1977, 1980 ;), qu’à l’épaule (Patterson, Powell, & Lenihan, 1986, Silverthorne, Norren, Hunt & Rota, 1972) ; en outre, l’effet du toucher pourrait être différent selon le coût de la requête.
Trois études ont été conduites pour évaluer les effets du toucher sur l’acceptation d’une requête selon la durée du toucher (étude 1), la zone haptique (étude 2), ou le coût de la requête (étude 3).
Dans l’étude 1, les participants (N=120) devaient accepter de répondre à un questionnaire et étaient touchés au bras (durée du toucher : 0,5 vs 2 vs 5 secondes), ou non. Les résultats montrent que les effets du toucher dépendent de la durée du toucher (contrastes Helmert) : effet optimal en condition 2 secondes (73% vs 48% ; p<.05 ; d=.40), effet moindre en condition 5 secondes qu’en condition 0,5 secondes (33% vs 63%, p<.05). Conformément à l’hypothèse de Halimi-Falkowicz, Vaidis & Joule (2005), la durée du toucher pourrait ici déterminer la perception du toucheur, et donc l’acceptation de la requête.
Dans l’étude 2, les participants (N=100) devaient accepter de donner 1 euro pour prendre le bus et étaient touchés 1 à 2 secondes (ou non) sur la main vs à l’avant-bras vs au bras vs à l’épaule. Les résultats montrent que si le toucher au bras augmente l’acceptation de la requête (75% vs 40% sans toucher ; χ²(1)=1.60, p<.05 ; ϕ²=.12), les autres types de toucher ne le permettent pas (35% sur la main ; 60% à l’avant-bras ; 45% à l’épaule).
Dans l’étude 3, les participants (N=120), touchés au bras pendant 2 secondes (ou non), étaient abordés dans un centre commercial et devaient accepter de participer à une étude ultérieure d’une durée de 5 vs 15 vs 30 minutes (coût de la requête). Outre un effet principal du toucher (w=4.70 ; p<.05) et du coût de la requête (w=24.59 ; p<.01), une requête de coût intermédiaire (15 minutes) permet de maximiser le gain lié au toucher (respectivement, +37% vs +100% vs +33%). Le toucher pourrait donc faciliter l’acceptation de requêtes de coût intermédiaire.
Une analyse approfondie de l’opérationnalisation du toucher permettrait ainsi de mettre en évidence des conditions favorables (ou défavorables) à l’obtention d’un effet du toucher.