Changement de système juridique et évolution dans la manière de penser la responsabilité juridique en Russie
Pachtchenko de Préville Elena (Université Paris 5 , pachtche@psycho.univ-paris5.fr), Drozda-Senkowska Ewa (Université Paris 5)
Parmi les changements profonds qui ont touché la vie en Russie, la législation a été marquée par l’adoption de la nouvelle constitution en 1993. Afin d’adapter les lois au nouveau système économique, politique et social, il a fallu rédiger de nouveaux codes, par exemple des lois sur la propriété privée, la privatisation, mais également sur la protection de l’accusé ou encore sur le contrat de mariage… Dans ce contexte particulier où les changements des lois ne suivent pas les habitudes mais les précèdent, il est important de repérer si et comment ils pénètrent la vie et la pensée quotidiennes. En effet, un des principaux objectifs d’une recherche appliquée consiste à constater et/ou à évaluer le changement dans ses différentes manifestations, voire expressions. Celles qui nous semblaient particulièrement pertinentes, car indirectes, concernaient la manière de penser la responsabilité juridique. Par exemple, chez les jeunes Français, elle renvoie surtout à la responsabilité civile. Qu’en est-il chez les jeunes Russes? Pour répondre à cette question, nous nous sommes intéressées aux associations spontanées produites par eux à propos de la responsabilité, et en particulier à propos de la responsabilité juridique. Nous avons donc réalisé deux études six et treize ans après la chute du régime soviétique en 1991. En 1997 (N=91) et 2004 (N= 144), des étudiants russes en droit, psychologie et économie dont l’âge moyen était de 22 ans ont produit des associations à partir du mot-stimulus « responsabilité juridique ». Les données ainsi recueillies ont été traitées par une chaîne de programmes « EVOC 2000 » (Verges, 2000), deux types d’analyse ont été effectués : prototypique et catégorielle. Nos résultats montrent une importante évolution. Si en 1997 on constate chez les jeunes Russes une référence forte à la punition et à la prison, autrement dit à la responsabilité pénale dans son aspect coercitif, en 2004 apparaissent les références aux droits (cf. libertés individuelles), à l’avocat (cf. défense de l’individu) et au code (cf. légalité). Cette évolution dans la manière de penser la responsabilité juridique suggère l’intégration progressive de la nouvelle législation. Elle reflète le changement des mentalités et les progrès de la démocratie.