Impact des caractéristiques psychosociales sur les tentatives de suicide parmi les personnes infectées par le VIH en France
Préaun Marie (LabECD, Université de NantesINSERM U379, Marseille, marie.preau@univ-nantes.fr), Bouhnik, Anne-Déborah (INSERM U379/ORS PACA, Marseille), Obadia, Yolande (INSERM U379/ORS PACA, Marseille), Spire, Bruno ()
Cette étude vise tout d’abord à étudier la prévalence des tentatives de suicide au sein de la population vivant avec le VIH en France, mais surtout à déterminer l’impact des caractéristiques psychosociales quant aux antécédents de tentatives de suicide.
Méthodes: Nous avons utilisé les données de l’enquête nationale ANRS-EN12-VESPA, conduite en 2003 auprès d’un échantillon représentatif et unique de la population séropositive suivie en milieu hospitalier. Les participants à l’enquête étaient interrogés, à l’aide d’un auto-questionnaire, sur leurs antécédents de tentatives de suicide ainsi que sur différentes caractéristiques psychosocialed et plus particulièrement sur le vécu de discriminations liées à leur séropositivité au VIH.
Résultats: Parmi les 2932 participants à l’enquête, 23% ont déjà fait une tentative de suicide, parmi lesquels 12% avec récidive. Une analyse multiple montre que les femmes, les personnes de mois de 40 ans, les personnes de nationalité française, celles rapportant des difficultés financières, les personnes infectées par relation homosexuelle ainsi que celles infectées par usage de drogue avaient une plus grande probabilité d’avoir attenté au moins une fois à leurs jours. En plus de ces facteurs, rapporter des discriminations liées à la séropositivité et rapporter un manque de soutien familial étaient également indépendamment associés à une plus grande probabilité d’avoir attenté à ses jours au cours de sa vie.
Conclusions: Les résultats indiquent une prévalence élevée des tentatives de suicide parmi les personnes vivant avec le VIH en France par rapport aux données de la population générale française. De plus, ces résultats soulignent, de manière tout à fait originale, le rôle déterminant de facteurs relatifs au vécu de la séropositivité, en sus de certaines caractéristiques sociodémographiques. Ces résultats mettent évidence le rôle fondamental des discriminations dans le vécu de l’infection par le VIH et indiquent la nécessité de proposer des interventions psychosociales spécifiques aux sous-populations concernées comme les femmes. En effet, ces interventions, en ciblant des groupes particulièrement vulnérables, permettraient d’améliorer la santé mentale et sociale des patients et par la même de mieux prévenir les tentatives de suicide parmi les personnes vivant avec le VIH en France. Parallèlement à cela, il apparaît clairement que le développement d’interventions psychosociales à destination de la population générale semble tout à fait d’actualité afin de limiter les comportements de discriminations à l’encontre des personnes infectées par le VIH.