Minimiser les différences de performances entre filles et garçons en maths et en français:le rôle d'un modèle de réussite scolaire.

Bages Céline (Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand II, Celine.Bages@etudiant.univ-bpclermont.fr ), Martinot Delphine (Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand II), Toczek Marie-Christine (IUFM d'Auvergne)

La Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (D.E.P.P.) du Ministère de l’Education Nationale en France met chaque année en évidence, lors des évaluations nationales en début de CE2 et de 6e, des différences de performance en fonction du sexe : les garçons sont plus performants en mathématiques et les filles en français. Plusieurs études ont mis en évidence que ces différences de sexe résulteraient des contextes d’évaluation, notamment parce qu’ils rendent saillants certains stéréotypes de sexe (Ambady, Shih, Kim & Pettinski, 2001 ; Spencer, Steele & Quinn, 1999). Quelles solutions pourraient être envisagées pour pallier les effets délétères d’un stéréotype de sexe sur la performance des élèves? Des études ont montré que la simple exposition à une femme qui réussit en mathématiques pouvait avoir un impact positif sur la performance de jeunes femmes à un test difficile de mathématiques (e.g., Marx & Roman, 2002). Par ailleurs, lorsque des élèves pensent que l’intelligence est quelque chose de malléable et qu’elle évolue suite aux efforts, alors ils obtiennent de meilleures performances par rapport aux élèves qui croient que l’intelligence est un don stable (Mueller et Dweck, 1998). Nous supposions dès lors qu’un modèle scolaire présenté comme ayant réussi suite à ses efforts aurait plus d’impact qu’un modèle présenté comme doué. Ainsi, notre objectif était d’étudier l’effet sur la performance des élèves d’une personne modèle de réussite scolaire qui infirme un stéréotype de sexe. Dans cette expérience, un homme ou une femme présentés comme ayant réussi en mathématiques ou en français suite à leurs efforts ou à leur don donnent aux élèves de CM2 les consignes des exercices de mathématiques et de français issus du livret de la D.E.P.P. La différence de performance entre les filles et les garçons devrait être minimisée sur les exercices de mathématiques lorsqu’une femme présentée comme ayant réussi grâce à ces efforts donne les consignes pour les maths, puisque celle-ci joue le rôle de modèle allant à l’encontre du stéréotype. De même, les différences de performance en français entre les filles et les garçons devraient diminuer lorsqu’un homme ayant réussi en français suite à ses efforts donne les consignes pour le français. Les principaux résultats mettent en évidence que la performance des garçons en français est significativement améliorée lorsque c’est un homme qui donne les consignes des exercices de français, qu’il ait réussi suite à ses efforts ou parce qu’il était doué. Lorsque c’est une femme qui fait passer l’évaluation de mathématiques et qu’elle se présente comme quelqu’un qui a fait des efforts, les filles réussissent significativement mieux en maths que les garçons. Ces résultats peuvent avoir des implications concrètes et fournir des pistes d’action très intéressantes pour rendre équitables les contextes d’évaluation à l’école entre les filles et les garçons.