Etude de la représentation sociale de la citoyenneté chez des collégiens pour l’élaboration d’un programme éducatif
Lassarre Dominique (Centre universitaire de formation et de recherche de Nîmes, dominique.lassarre@unimes.fr), Roland Lévy Christine (Université Paris 5), Paty Benjamin (Université de Reims Champagne Ardenne), Lenoir François Régis ()
L’objectif de cette recherche répond à un appel d’offre concernant l’éducation à la citoyenneté dans les collèges européens. Les résultats globaux montrent de grandes différences culturelles entre les pays (par exemple entre l’Angleterre et la France). Nous avons voulu vérifier si en comparant des sites français à forts particularismes, nous retrouverons de telles différences ou si au contraire, le système scolaire républicain très centralisateur de notre pays a unifié les représentations de la citoyenneté quel que soit le contexte.
Un questionnaire a été proposé à 265 élèves de quatrième et de troisième de quatre collèges choisis pour leurs spécificités culturelles et pédagogiques avec l’Inspection académique du Gard. Deux situés en petite Camargue et deux situés dans les Cévennes. Les quatre collèges accueillent un pourcentage comparable d’élèves d’origine étrangère ou de familles récemment installées (33 à 43 %), mais d’un côté on a une tradition forte de la bouvine, assez conservatrice et peu encline à l’accueil des « étrangers », de l’autre une tradition d’ouverture et d’accueil. Les différences religieuses, catholicisme d’un côté, protestantisme de l’autre sont encore fortement ancrées.
Les répondants devaient choisir au sein d’une liste de 20 mots, les cinq les plus caractéristiques et les cinq les plus éloignées de l’idée de citoyenneté.
Les mots choisis et rejetés sont identiques : liberté, droit, égalité, expression, solidarité vont avec citoyenneté ; vie, parole, tri, politique, Europe ne vont pas avec cette notion. Les différences portent sur des termes peu centraux. Responsabilité est un mot plus souvent choisis dans les Cévennes, Patrie est un mot plus souvent rejeté en Camargue.
Le questionnaire étaient aussi constitué d’échelles qui permettaient d’aborder la définition de la citoyenneté, les comportements du citoyen, les comportements des élèves et leur sentiment d’appartenance. Les résultats montrent des différences marginales : un attachement moins grand à la notion de citoyenneté ainsi qu’un plus fort sentiment d’appartenance au « monde » en Cévennes par rapport à la Camargue. Les éléments de définition de la citoyenneté ainsi que les comportements souhaités ou effectifs sont beaucoup plus discriminés par le genre que par la région. Ainsi les filles ont plus de comportements citoyens (aide, solidarité expression). Elles estiment que la citoyenneté c’est un certain nombre de devoirs : respect de la propriété, absence de recours à la violence, aide et une certaine réflexion sur les conséquences de ses actes. Les garçons ont beaucoup plus de comportements transgressifs (bagarres, dégradations, fraudes). Ils confondent citoyenneté, nationalité française et droit de vote.
En conclusion, s’il devait y avoir une éducation à la citoyenneté dans les collèges français, les différences entre les établissements et leurs contextes ne nécessiteraient pas d’être pris en compte. Par contre cette éducation devrait se démarquer nettement de l’instruction civique.