Quand l’expertise nuit à la décision du groupe : l’impact des métacognitions et des dynamiques compétitives sur le partage de l’information
Toma Claudia (Laboratoire de Psychologie Sociale, Université Pierre-Mendès France, Grenoble, claudia.toma@upmf-grenoble.fr), Vasiljevic Dimitri (Université Paris X Nanterre ), Butera Fabrizio (Université de Lausanne), Oberlé Dominique ()
La qualité des décisions en groupe dépend souvent du partage des ressources informationnelles complémentaires de ses membres (Winquist & Larson, 1998). On appelle ce type information, information unique, en contraste avec l’information commune détenue par tous les membres du groupe. Les études réalisées dans le cadre du paradigme « hidden profile » (Stasser & Titus, 2003) ont montré un biais dans le partage de ces informations.
L'assignation des rôles d'experts constitue un facteurs permettant l'amélioration du partage de l'information (e.g., Franz & Larson, 2002). Cette assignation correspond souvent aux métacognitions données aux membres du groupe quant à l’accès différentiel aux informations. L’effet bénéfique des métacognitions a déjà été mis en évidence sur les performances collectives à des tâches de raisonnement, les participants pensant disposer de plus d’information que les autres ayant des meilleures performances (Augustinova, Oberlé, & Stasser, 2006). Des explications motivationnelles en termes de responsabilité (Tetlock, 1992) ou des dynamiques émetteur-récepteur (cognitive tunning, Zajonc, 1960) ont été proposées pour expliquer cet effet.
Une autre explication serrait que les métacognitions véhiculent des indices de statut dans le groupe, les participants en avantage informationnel (experts) se sentiraient dans une position supérieure et donc d’avantage investis dans la tâche. Cela devrait être le cas en coopération, mais pas en compétition où l’expertise pourrait représenter une potentielle menace pour les compétiteurs.
L’objectif de la présente étude est de tester cette hypothèse sur le partage de l’information et la prise de décision en groupe. Nous avons montré récemment que la compétition serait responsable du partage inopérant des informations et des décisions sous optimales (Toma & Butera, en préparation). Cet effet devrait être accentué par l’assignation des rôles d’experts dans le groupe. Nous avons développé une tâche de type « hidden profile » dans laquelle 48 groupes de 3 personnes ont du décider quel était le coupable d’un accident. L’interdépendance des buts (coopération, compétition) et l’expertise ont été manipulées. Les résultats montrent qu’en coopération l’expertise améliore le partage de l’information et la productivité des groupes alors que l’inverse est constaté en compétition. Les implications pour le domaine organisationnel et éducationnel sont discutées.
Augustinova, M., Oberlé, D., & Stasser, G. L.(2006). Meta-Knowledge about Information
Distribution and Collective Reasoning. 7th Annual Meeting of the Society for Personality and Social Psychology, Palm Springs, CA, USA.
Stasser, G., Stewart, D. D., & Wittenbaum, G. M. (1995). Expert roles and information exchange during discussion: The importance of knowing who knows what. Journal of Experimental Social Psychology, 31(3), 244-265.
Stasser, G., & Titus, W. (2003). Hidden Profiles: A Brief History. Psychological Inquiry, 14(3-4), 304-313.