Prise de risque et genre : effet de la réputation masculine sur l’estime de soi de conduite.

Morel Florence (Université Blaise Pascal, morel@srvpsy.univ-bpclermont.fr), Martinot Delphine (Université Blaise Pascal)

Ces dernières années, beaucoup de campagnes de prévention ont eu pour thème la lutte contre les conduites à risque (tabagisme, etc). Ainsi, il est devenu difficile pour un fumeur de justifier son comportement puisqu’il est bien conscient des dangers que cela implique pour sa santé et pour celle des autres. D’après Falomir et Mugny (2004), cette difficulté à justifier son comportement pourrait porter atteinte à l’image de soi et à l’estime de soi reliée au domaine en question. Par ailleurs, la littérature sur la prise de risque démontre que les garçons ont tendance à prendre plus de risques que les filles (Byrnes, Miller et Shaffer, 2000). Nous suggérons, dès lors, que le fait de prendre plus de risques pourrait avoir un effet sur l’estime de soi de conduite. L’estime de soi de conduite est la valeur que l’individu s’accorde dans des domaines qui renvoient à l’obéissance ou au respect de certaines normes (« parfois je fais des choses en sachant qu’il ne faut pas les faire»). Ainsi, les filles devraient présenter une meilleure estime de soi de conduite que les garçons. De plus, nous suggérons que cette différence d’estime de soi de conduite pourrait être reliée à la réputation de « preneur de risque » associée au stéréotype masculin (Eagly, 1987). Si cette réputation de « preneur de risque » est chroniquement présente chez les garçons en raison du stéréotype masculin, l’estime de soi de conduite de ces derniers devrait être affectée plus négativement que celle des filles dans une condition de contrôle et dans une condition d’activation du stéréotype masculin. Inversement, nous supposons que l’activation du stéréotype féminin pourrait réduire l’impact de la réputation de « preneur de risque » des garçons sur leur estime de soi conduite. Pour tester cette hypothèse, 93 collégiens (37 garçons et 56 filles) ont été aléatoirement répartis dans trois conditions expérimentales : activation du stéréotype masculin, activation du stéréotype féminin et condition contrôle. Pour activer les stéréotypes, nous demandions aux sujets de penser, soit à un garçon, soit à une fille et de citer les caractéristiques associées à ces personnes. Une fois les inductions effectuées, les élèves remplissaient une sous-échelle d’estime de soi de conduite et un questionnaire d’auto-description comprenant des dimensions de prise de risque (extraites d’un pré-test réalisé auprès de collégiens). Cette dernière mesure montre que la prise de risque définit plus le concept de soi des garçons que celui des filles. De plus, comme attendu, lorsque le stéréotype masculin est activé, et en condition contrôle, l’estime de soi de conduite des garçons est significativement inférieure à celle des filles. Cette différence disparaît lorsque le stéréotype féminin est activé. Le fait d’activer le stéréotype féminin semble protéger l’estime de soi de conduite des garçons. Les implications de ces résultats notamment en ce qui concerne l’image véhiculée par les stéréotypes sociaux seront discutées.