Du don de sang au don d’organes : une recherche appliquée
Eyssartier,Chloé (Laboratoire de Psychologie Sociale
Université d'Aix-Marseille 1, chloe.eyssartier@wanadoo.fr), Joule, Robert-Vincent (Laboratoire de Psychologie Sociale)
Les campagnes de sensibilisation sur le don d’organes sont basées sur l’idée selon laquelle une attitude favorable au don d’organes débouche sur le comportement attendu : signer une carte de donneur. Baluch, Randhawa, Holmes et Duffy (2001) ont montré, toutefois, qu’il n’y a pas de corrélation entre l’attitude que l’on peut avoir envers le don d’organe et la décision de signer ou de ne pas signer une carte de donneur. Si l’information et la persuasion sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes. Les travaux réalisés dans le cadre de la théorie de l’engagement (Kiesler, 1971, Joule et Beauvois, 1998), et notamment dans le paradigme de la communication engageante (Joule, Py et Bernard, 2004), montrent tout l’intérêt qu’il y a à ne pas négliger les « actes préparatoires » (Joule et Beauvois, 2002) lorsque l’on cherche obtenir de nouveaux comportements.
Nous avons voulu tester si l’acte qui consiste à donner son sang pouvait constituer un acte préparatoire susceptible de prédisposer le donneur de sang à signer une carte de donneur d’organes. D’un point de vue théorique, on peut considérer que l’acte de donner son sang est un bon acte préparatoire.
Deux hypothèses ont été testées :
1/ Les donneurs de sang devraient être plus nombreux à signer une carte de donneur d’organes que les non donneurs (hypothèse 1)
2/ les donneurs de sang devraient être plus nombreux à signer une carte de donneur d’organes lorsqu’ils sont sollicités dans un centre de don de sang au moment de leur don que lorsqu’ils sont sollicités ailleurs (hypothèse 2).
Méthode :
Les sujets (100 sujets : 50 hommes et 50 femmes), âgés de 18 à 60 ans, ont pris part à la recherche. Ils étaient invités à de signer une carte de donneur d’organes, soit dans un centre de don de sang, soit dans un parc public. Les personnes sollicitées dans le parc se voyaient demander si elles avaient déjà donné leur sang, avant d’être sollicité pour signer une carte de donneur d’organes.
Résultats :
Les résultats, tendanciellement significatifs, vont dans le sens de nos hypothèses.
Conformément à l’hypothèse 1, les donneurs de sang (groupes 1 et 2 réunis) sont tendanciellement plus nombreux à signer une carte de donneur d’organes que les non donneurs de sang (groupe 3) : respectivement : 47% versus 25 %, X2= 2,65 ; p=.10.
Conformément à l’hypothèse 2, les donneurs de sang sont tendanciellement plus nombreux à signer une carte de donneur d’organes lorsqu’ils sont sollicités dans un centre de don de sang, que lorsqu’ils sont sollicités dans un parc : 55% versus 35%, X2=3,23 ; p=.07. Enfin, les donneurs de sang sollicités dans un centre de don de sang sont significativement plus nombreux que les non donneurs à signer une carte de donneur d’organes : respectivement 55% versus 25%, X2 = 4,85 p <.03.
Les implications théoriques et pratique de ces résultats seront discutées.
Nous tenons à remercier l'EFS Nord de France et tout particulièrement les docteurs Huart, Vanlaer et Sanmart.