Estime de soi des enfants dyslexiques francophones

Leonova Tamara (Université de Fribourg (Suisse), tamara.leonova@unifr.ch)

L’estime de soi constitue l’un des concepts fondamentaux du développement de l’individu. Plusieurs recherches ont exploré l’impact des troubles d’apprentissage (TA) sur l’estime de soi des enfants en constatant que l’estime de soi globale des enfants avec TA est similaire à celle des enfants sans TA, mais leur estime de soi scolaire est significativement plus faible. Etant donné que les troubles d’apprentissage constituent un groupe hétérogènes de troubles (e.g., dyslexie, dyscalculie, déficit d’attention, dysgraphie, etc.), la généralisation des résultats obtenus auprès de cette population semble problématique. En plus, la généralisation des résultats des recherches anglo-saxonnes sur la population des enfants francophones pose un sérieux problème, car la langue anglaise serait la plus difficile pour l’apprentissage de la lecture (Seymour, Aro, & Erskine, 2003). Par conséquent, les contraintes culturelles imposées par la langue placent les enfants dyslexiques anglo-saxons dans une situation d’apprentissage particulièrement difficile, ce qui n’est pas le cas des enfants parlant d’autres langues européennes. L’objectif de notre étude est d’explorer l’estime de soi chez les enfants dyslexiques francophones. Méthode Participants 37 enfants dyslexiques âgés de 8 à 16 ans et 31 enfants sans dyslexie appariés en sexe et en âge. Tous les enfants ont été diagnostiqués comme dyslexiques par des services médicaux des cantons de Fribourg, de Vaud et de Neuchâtel (Suisse). Procédure & Résultats Les enfants ont rempli le questionnaire de Harter (1982). La MANOVA réalisée selon le plan 2 Sexe (filles vs garçons) Inter x 2 Groupe (dyslexique vs non dyslexique) Inter, les deux variables introduites en tant que variables fixes, sur les scores obtenus sur toutes les sous-échelles de l’estime de soi met en évidence, d’après le critère de Wilks’, l’effet multivarié de la variable Groupe sur l’ensemble des VD : F (6, 59) = 3.55, p < . 01, effect size = . 27. Il n’y avait pas d’effet de la variable Sexe (F < 1) et d’effet d’interaction (F < 1). L’exploration des effets univariés permet de constater des différences significatives entre les enfants dyslexiques et les enfants sans dyslexie sur les scores de l’estime de soi scolaire (p < . 001), de l’estime de soi relative à la conformité aux règles (p < . 05), de l’estime de soi relative à la valeur propre (p < . 05) et l’estime de soi globale (p < . 05). Discussion & Conclusion Les résultats suggèrent que l’estime de soi des enfants dyslexiques est inférieure à l’estime de soi des enfants sans dyslexie sur les dimensions de l’estime de soi globale, scolaire, liée la conformité et à la valeur propre. Ces résultats vont à l’encontre de l’étude francophone de Pakzad et Rogé (2005) qui met en évidence que l’estime de soi globale des enfants est identique à celle des enfants sans dyslexie, alors que l’estime de soi scolaire est significativement inférieure chez les enfants dyslexiques.