Attachement au lieu de travail et demande de mutation professionnelle dans l’Education Nationale

Rioux, Liliane (Université de Paris X-Nanterre, liliane.rioux@univ-orleans.fr)

Depuis les travaux désormais classiques de Fried (1982), le concept d’attachement au lieu est devenu central en psychologie de l’environnement (Bonnes, Bonaiuto, Aiello, Perugini & Ercolani, 1997 ; Giuliani, Ferrara & Barabotti, 2003) et, en référence à la théorie de l’attachement au lieu (" Theory of Place Attachment ") élaborée par Shumaker & Taylor (1983) et enrichie par Giuliani (1991) et Altman & Low (1992), il peut être défini comme le lien affectif résultant de l'interaction dynamique entre une personne et son espace donné (Bonnes & Secchiaroli, 1995). Curieusement, les travaux portant plus spécifiquement sur l’attachement au lieu de travail sont beaucoup moins nombreux mais nous pouvons néanmoins citer ceux de Inalhan & Finch (2004) et Rioux (2005). En se proposant d’analyser l’impact de l’attachement que les agents de l’Education Nationale manifeste à l’égard de leur lieu de travail sur leur décision à demander leur mutation, notre recherche souhaite apporter sa contribution à l'étude de ce concept peu développé en psychosociologie des environnements de travail. Plus précisément, elle vise à répondre à un triple objectif : (a) évaluer l'attachement des agents de l’Education Nationale à leur lieu de travail. (b) cerner les variables socio-démographiques (âge, sexe), organisationnelles (statut, ancienneté dans l'organisation, ancienneté dans le poste) ou/et psychosociologiques (satisfaction de vie professionnelle, implication affective organisationnelle, distance du domicile perçue, attachement au lieu de travail) susceptibles d’influer sur la décision à quitter l’organisation. (c) montrer que l’attachement au lieu de travail constitue l’un des prédicteurs de la décision de demande de mutation. 150 agents de l’Education Nationale en poste dans la région Centre (France) ont été amenés à remplir un questionnaire comprenant un item libre évaluant la distance domicile-lieu de travail perçue et trois échelles, (i) l’Echelle d’Attachement au Lieu de Travail (EALT) de Rioux (2006), (ii) l’Echelle de Satisfaction de Vie Professionnelle (ESVP) de Fouquereau & Rioux (2002), (iii) la version abrégée en six items de la sous-échelle d’implication organisationnelle affective de Meyer Allen & Smith (1993). A la fin de l’année scolaire, soit six mois plus tard, les demandes de mutation officiellement déposées sont relevées. Les résultats font apparaître un niveau d’attachement relativement élevé associé à une forte dispersion des réponses. Trois variables corrèlent significativement (à 0.05) avec l’intention de quitter l’organisation, à savoir la distance domicile-lieu de travail perçue, l’attachement au lieu de travail et la dimension affective de l’échelle d’implication organisationnelle. Ils montrent par ailleurs que l’attachement au lieu constitue un prédicteur de l’intention de changer de lieu de travail, par ailleurs plus puissant que le niveau d’implication organisationnelle affective et de satisfaction de vie professionnelle.