L'effet du marquage de l'argumentativité sur le traitement d'un message persuasif: une application à la communication en matière de santé publique
Coppola Vincent (Laboratoire Psychologie des Régulations Individuelles et Sociales (PRIS) - Université de Rouen, vincent.coppola@etu.univ-rouen.fr), Camus Odile (Laboratoire PRIS, Université de Rouen)
Problématique
Notre étude s’inspire des propositions de la pragmatique selon lesquelles la réception d’un message consiste à inférer le vouloir dire du locuteur (Sperber & Wilson, 1989) et la co-construction du sens ne peut se faire indépendamment des composantes du contrat de communication (Bromberg, 2004).
Elle fait l’hypothèse que la présence dans un message persuasif de marques langagières relevant de l’orientation argumentative (Anscombre & Ducrot, 1976) suscitera des inférences centrées sur la visée illocutoire et que celles-ci iront de pair avec un traitement moins « central » du contenu strictement informatif (Petty & Cacioppo, 1986).
Etude empirique
Dans un texte présenté comme un message d’information épidémiologique, nous faisons varier : 1) le marquage de l’orientation argumentative (marquage atténué vs accentué), en dotant certains énoncés de marqueurs argumentatifs ; 2) le caractère connu de la maladie (maladie connue vs inconnue), en présentant un message portant sur une maladie dont les sujets connaissent l’existence ou non.
Par exemple, l’énoncé « Le VIH contamine en France 6000 nouvelles personnes par an » (marquage atténué/maladie connue) devient « Le VIH contamine en France jusqu’à 6000 nouvelles personnes par an » (marquage accentué/maladie connue). De même, « 3500 nouvelles infections à Paramyxoviridae ont été enregistrées entre janvier et Juin 2005 » (marquage atténué/maladie non connue) devient « Déjà 3500 nouvelles infections à Paramyxoviridae ont été enregistrées sur la seule période de janvier à Juin 2005 » (marquage accentué/maladie non connue).
Nous mesurons chez des sujets masculins âgés de 18 à 24 ans, l’intention d’utiliser un préservatif lors du prochain rapport sexuel et de réaliser un test de dépistage ; le caractère coercitif de l’attitude en matière de lutte contre l’épidémie ; l’élaboration cognitive du message.
Les résultats montrent que l’accentuation de l’orientation argumentative du message accroît les intentions préventives des sujets, renforce l’adhésion à une gestion coercitive de la situation épidémiologique, enfin diminue l’élaboration cognitive du message, et ce quelle que soit la maladie en question.
Conclusion
Nous concluons par quelques considérations sur la notion d’« indice périphérique » telle qu’elle existe dans les modèles de la persuasion à deux voies et des recommandations sur la manière de formuler des messages préventifs qui soient plus profondément élaborés.
Bibliographie
Anscombre, J.C., & Ducrot, O. (1976). L’argumentation dans la langue. Langages, 42, 5-27.
Bromberg, M. (2004). Contrat de communication et co-construction du sens. In M. Bromberg & A. Trognon (Eds), Psychologie sociale et communication, (pp. 95-108). Paris: Dunod.
Petty, R.E., & Cacioppo, J.T. (1986). Communication and persuasion : central and peripheral routes to attitude change. New-York: Springer-Verlag.
Sperber, D., & Wilson, D. (1989). La pertinence. Communication et cognition. Paris: Editions de Minuit.