Comment encourager la mobilité des filles vers les carrières scientifiques ? Remise en cause du stéréotype par l’influence experte
Selimbegovic Leila (Université René Descartes - Paris 5, leila.selimbegovic@gmail.com), Chatard Armand (Université de Genève), Mugny Gabriel (Université de Genève)
En dépit de résultats scolaires souvent supérieurs aux hommes (Rosenwald, 2006), les femmes restent sous-représentées dans les professions scientifiques et techniques. Un des facteurs susceptibles d’expliquer cette inégale répartition semble être le stéréotype selon lequel les femmes ne seraient pas « faites pour les sciences » (Guimond & Roussel, 2001). Plusieurs recherches ont tenté d’établir des liens entre ce stéréotype et l’orientation professionnelle des femmes, mais peu de travaux ont étudié les moyens de contrecarrer son influence négative. Dans cette optique, la présente étude teste l’effet d’une intervention visant à encourager les filles à s’orienter vers les carrières scientifiques. Cent soixante neuf lycéens (du niveau de seconde, n’ayant pas encore choisi leur filière) ont d’abord répondu aux questions mesurant leur adhésion au stéréotype selon lequel les garçons sont meilleurs à l’école que les filles en mathématiques et en sciences. Ensuite, ils ont été exposés à un message persuasif affirmant que, contrairement au stéréotype (aussi bien partagé par les filles que par les garçons de l’échantillon), les filles sont meilleures à l’école dans tous les domaines. Pour renforcer la légitimité du message, celui-ci était présenté sous la forme d’une étude scientifique, émanant d’une source experte (« Mr. Establet, Professeur et Directeur de l’Education Nationale en France »). L’influence du message était mesurée, selon la technique pré- et post-test, sur l’adhésion au stéréotype et les projets d’orientation vers les sciences. Au niveau de l’adhésion au stéréotype, on observe un effet de conformité : les participants déclarent adhérer moins au stéréotype après l’intervention. Néanmoins, au niveau des intentions d’orientation scolaire, on constate une interaction entre le sexe des élèves et leur degré d’adhésion initiale au stéréotype : seules les filles qui n’adhéraient pas au stéréotype initialement augmentent leur intention de choisir une carrière scientifique. Ces résultats indiquent que les filles qui croient à leur infériorité dans les domaines scientifiques résistent à une influence de contenu contraire, au niveau des intentions comportementales. En revanche, celles qui n’adhèrent pas à cette croyance peuvent être encouragées à s’engager dans les carrières scientifiques. Le message persuasif semble donc contrecarrer l’effet délétère du stéréotype sur leurs orientations professionnelles. On retrouve également, de façon tendancielle, une influence du message persuasif chez les garçons qui adhéraient au stéréotype avant l’influence. Les garçons qui croient au stéréotype semblent se comporter de manière à confirmer ce stéréotype, allant ainsi à l’encontre de la tentative d’influence. En effet, ils augmentent leur intention de choisir une carrière scientifique suite à l’influence qui remet en cause leur supériorité.