Stratégies d'adaptation culturelle chez les immigrés roumains en France
Badea Constantina (Université de Paris V, badcos2001@yahoo.fr), Jetten Jolanda (University of Exeter, UK), Barthelemy Louis (Université de Nancy 2)
Le but de cette étude est d’analyser les stratégies d’adaptation culturelle des immigrés roumains en France en fonction des relations qu’ils maintiennent avec leur pays d’origine et de celles qu’ils établissent avec les français. Berry (1989) propose quatre stratégies d’adaptation culturelle qui dépend 1) de l’identification de l’immigré avec sa culture d’origine et 2) de ses relations avec le groupe majoritaire. Avoir des scores élevés sur ces deux dimensions favorise l’intégration ; avoir un score élevé sur l’une mais par sur l’autre conduit à l’assimilation ou à la séparation et avoir deux scores bas entraîne la marginalisation. Branscombe et al. (1999) montrent que ces deux dimensions ne sont pas indépendantes : le rejet des immigrés par la société d’accueil détermine une plus forte identification à leur groupe d’origine. Par ailleurs, cette forte identification a un impact positif sur leur niveau de bien-être.
La contribution de cette étude est d’analyser en plus les relations que les immigrés ont avec leur pays d'origine et les implications que cela peut avoir sur leur identification avec la Roumanie, leurs stratégies d’adaptation culturelle et leur bien-être. Sur la base de questionnaires et à l’aide d'équations structurelles, nous comparons deux modèles :
- le modèle de Branscombe et al. (1999) selon lequel l’impact des relations entre roumains et français sur le bien-être est médiatisé par leur identification avec la Roumanie. Le bien-être à son tour prédit la préférence des roumains pour une stratégie d’adaptation culturelle.
- le modèle selon lequel ce sont les relations des roumains avec leur pays d’origine qui prédisent l’identification avec la Roumanie et les stratégies d’adaptation culturelle. Selon ce modèle les relations intergroupes influencent le bien-être mais sans médiatisation par l’identification à la Roumanie.
Les résultats vont dans le sens du deuxième modèle (c2 = 16.69, p = .117 ; CFI = .964, IFI = .969, GFI = .975, SRMR = .051, RMSEA = .062). Les relations franco-roumaines en France étant globalement positives, les roumains privilégient l’intégration comme stratégie d’adaptation, de sorte que la saillance du contexte intergroupe diminue. Ainsi, la nature des relations qu’ils maintiennent avec leur propre groupe est un meilleur predicteur de l’identification avec la Roumanie et de leurs stratégies d'adaptation culturelle que les relations qu'ils entretiennent avec les français.
Berry,J.W. (1989). Acculturation et adaptation psychologique. In: J. Retschitzky, M. Bossel-Lagos & P. Dasen (Eds.) La recherché interculturelle. Paris: L’Harmattan.
Branscombe, N.R., Schmitt, M.T., et Harvey, R.D. (1999). Perceiving pervasive dicrimination among african americans : implications for group identification and well-being, Journal of Personality and Social Psychology, 77, 135-149.