Approche psychosociologique des comportements infractionnistes des jeunes conducteurs
Félonneau Marie-Line (Université Bordeaux 2 - Laboratoire de psychologie 3662, marie-line.felonneau@u-bordeaux2.fr), Causse Elsa (Université Bordeaux 2), Aigrot Florence (Université Bordeaux 2)
Notre recherche porte sur le rapport des jeunes au Code de la Route. Elle fait partie d’un programme plus vaste portant sur un échantillon de 970 conducteurs :450 âgés de 25 à 73 ans (âge moyen 38.3ans) et 420 de 18 à 25 ans (âge moyen 20.36 ans).Elle s’inscrit dans le registre de la psychologie sociale. On pose d’emblée que l’acte de conduite - et en particulier la commission d’infraction - est un acte de communication à autrui. Chaque manœuvre ou chaque micro-décision sur la route a une incidence sur les autres et à chaque instant, il convient de tenir compte d’autrui. Or, il s’agit pour nous de montrer que la conduite automobile peut se définir dans un cadre normatif. Il semble que pour certains groupes, notamment les jeunes, il soit plus désirable socialement d’adopter tel ou tel style de conduite plus ou moins déviant. Dès lors, la réglementation fait l’objet d’une certaine forme de réinterprétation de la part des conducteurs. En situation de conduite, l’individu doit adapter son comportement en fonction de deux paramètres : la loi (ou plus exactement la sanction), d’une part et le risque ou le danger, d’autre part. L’une et l’autre prescrivent et proscrivent certains comportements. Dans quelles mesures le type de permis influence-t-il cette prescription vs proscription ?
A partir de l'échantillon des jeunes de 18 à 25 ans, notre objectif était de repérer l’existence d’une norme groupale définissant une marge de transgression acceptable chez les jeunes conducteurs dans leur ensemble et dans deux sous-ensembles en particulier : les titulaires du permis probatoire, donc supposés être plus sensibilisés aux risques de sanction vs les titulaires de permis classique de la même catégorie d’âge.
Sur la base d’une enquête par questionnaires, portant successivement sur le lien entre perception du danger et perception du contrôle, le sentiment d’impunité, le degré de tolérance à l’égard des incivilités au volant, le sentiment d’auto-efficacité perçue et l’anticipation des conséquences du retrait du permis de conduire, nous avons pu confirmer que la variable âge est discriminante mais que le type de permis n’a quasiment aucun effet sur la conduite.
Comparés à des conducteurs plus âgés observés dans une phase précédente , les jeunes de moins de 25 ans dans leur ensemble perçoivent moins le danger mais davantage la sanction.Ils ont un sentiment d’impunité supérieur et un sentiment de compétence plus faible que les plus âgés. Contrairement aux analyses portant sur l’optimisme comparatif, nos résultats montrent que les jeunes ne font pas preuve de sur-confiance et que même les sujets qui sont l’objet de restrictions légales (permis à 6 points), se déclarent plus infractionnistes que les conducteurs plus âgés.
In fine, il s’avère que la coercition et les feed-backs négatifs (accidents, sanctions) ne dissuadent pas directement l’infractionnisme des jeunes, ce qui renvoie à la question de la légitimité perçue du Code de la Route.