Perception et évaluation d'une nuisance olfactive: facteurs personnels et contextuels
Pierrette Marjorie (Université de Paris 10, marjorie.pierrette@u-paris10.fr)
Notre étude porte sur le sentiment de gêne olfactive ressentie par les riverains proches d’une usine d’équarrissage. Les études menées sur ce thème soulignent que le nombre de personnes gênées varie malgré des niveaux d’odeurs parfois similaires (Miedema, Walpot et Steunenberg, 2000). Si les caractéristiques de l’odeur tels que l’hédonisme, l’intensité, et la fréquence de perception influencent, de façon évidente, la gêne olfactive (Miedema, 1997), d’autres facteurs moins évidents tels que l’estimation du degré de dangerosité de l’odeur (Cavalini, 1994), la dépendance économique et l’attitude envers la source odorante (Tapia, 1978) sont également à l’origine de variations inter-individuelles.
La présente étude à pour but d’évaluer les différents facteurs susceptibles d’influencer la gêne ainsi que leur importance, c’est-à-dire, la façon dont ils interagissent les uns avec les autres. Nous faisons l’hypothèse que les caractéristiques de l’odeur, l’estimation du niveau de dangerosité de celles-ci, l’attitude envers la source, la dépendance économique des individus à l’industrie, et la présence d’autres nuisances tels que le bruit influencent la gêne.
Ce travail repose sur une étude menée auprès de 198 personnes sur la base d’un questionnaire portant sur le cadre de vie. Ce questionnaire permet de mesurer l’appréciation du cadre de vie, les différentes nuisances susceptibles d’être ressenties sur le lieu d’habitation, ainsi que la façon dont l’usine et ses odeurs sont perçues.
Les résultats montrent que la perception des odeurs provenant de l’usine est indéniablement liée à la direction des vents dominants, cependant, le niveau de gêne induit reste subjectif et peut être modéré. L’analyse des corrélations entre les réponses indique qu’il existe un lien entre la perception des odeurs et le niveau d’information concernant l’activité de l’usine. Plus le niveau d’information, sur l’usine, est jugé suffisant moins les odeurs sont ressenties comme "désagréables", "intenses", "gênantes" et "imprévisibles". Il existe également une corrélation entre la fréquence de perception des odeurs de l’usine et le fait de les évaluer de façon plus ou moins négatives. Enfin, le niveau de gêne olfactive semble être lié à l’image que les riverains ont de l’usine. Plus elle est jugée "polluante", plus l’impression de gêne est importante. Plus elle est estimée "utile" ou "source d’emplois" moins l’impression de gêne est intense.