Résistance au changement: vers une nouvelle approche socio-cognitive

Angel Vincent (Université de Nice-Sophia AntipolisLPEQ , vincent.angel@gmail.com)

Alors que certains chercheurs comme Bareil (1997) ou Paillé (2003) invitent à l'abandon du concept de résistance au changement, les acteurs des organisations, eux, font état de l'existence persistante des comportements de résistance et de leur incompréhension du phénomène qu'ils doivent pourtant gérer. Pour mieux comprendre la résistance en elle-même, nous proposons de l'étudier selon une approche socio-cognitive s'appuyant sur trois perspectives tout à fait récentes en psychologie: la résistance au changement dispositionnelle, issue de la théorie des traits de personnalité, de Oreg (2003), le modèle tri-componentiel de l'attitude de résistance, selon lequel les trois composantes, affective, cognitive et comportementale permettraient une mesure plus fine de l'attitude (Oreg, 2006 ; Piderit, 2000 ; Rosenberg & Hovland, 1960), et enfin la Théorie de Justice, qui prévoit l'existence d'un processus automatique de production de trois types de contrefaits alternatifs préalable au développement du sentiment d'injustice (Folger et Cropanzano, 2001 ; Horwath et al., 2004). Cette dernière théorie n'a, à notre connaissance, pas encore fait l'objet de validation. Profitant de la crise du Contrat Première Embauche, nous avons pu recueillir des données à travers la France grâce à l'outil informatique et Internet. La population est composée de 297 sujets de 15 à 25 ans, lycéens et étudiants ayant répondu à des questionnaires, présentant des échelles de type Likert en 6 points, avant l'allocution télévisée du Président de la République Française du 31 mars 2006 à 20h. Nous retrouvons, à l'instar de Oreg (2006), un lien entre la résistance dispositionnelle et le développement d'une attitude de résistance au changement (.13≤ r ≤.21, p < .01). Par ailleurs, notre étude confirme le modèle de la Thèorie de Justice. Nous mettons en évidence un lien entre les contrefaits et la perception de justice (distributive et procédurale) allant de -.59 à -.80 (p < .01), et un lien très fort entre la perception de justice et l'attitude de résistance(-.72≤ r ≤-.91, p < .01). Un lien direct entre la production de contrefaits et le développement de l'attitude de résistance (.63≤ r ≤.82, p < .01) apparaît également et qui reste significatif lors de la régression médiatisée. Ce résultat signifierait que le modèle de la Théorie de Justice reste à nuancer. Par contre, la personnalité ne semble pas interagir avec ce processus. Parmi les nombreuses questions qui émergent de ce travail, la compréhension des facteurs à l'origine de l'émergence de la production de contrefaits recouvre des enjeux théoriques importants (facteur culturel, rapports intergroupes, système informationnel et théories de la communication, niveau de connaissances et de compétences, développement des attitudes,etc.). Cela représente autant d'apports qui trouveront une résonance pratique dans la gestion des conflits, des rapports intergroupes et la négociation par exemple.